Parfois j'ai l'impression d'avoir encore quinze ans. De découvrir l'amour et le sexe et ce que se sera d'avoir des responsabilités. Car je ne prends rien au sérieux, jamais. Et quand ça devient sérieux je me rends compte que je n'ai pas dépassé l'adolescence, parce que j'ai toujours refusé d'éprouver ce qu'éprouvent les grands.
Moi je veux encore être folle d'angoisse face à des actes anodins, face à des bêtises que je pourrais régler en deux minutes si je cessais d'y réfléchir.
Moi je veux encore avoir le coeur qui bat fort quand je croise la personne qui me plaît, et ne pas oser lui parler, me dire comme Angela Chase que c'est ça qui me fait supporter ma journée et que je ne veux pas que ça devienne réel.
Moi je veux encore être étonnée, ébahie, ne pas y croire quand ça devient réel, essayer de le repousser parce que c'est tellement beau que je n'y crois même pas.
Moi je veux encore me regarder dans un miroir et me trouver moche car je n'ai toujours pas réussi à m'aimer comme l'adolescente imparfaite que je suis encore.
Moi je veux encore réagir comme les enfants qui commencent à fumer pour faire bien et me forcer à prendre des clopes quand j'en ai pas envie car je me trouve plus sexy avec.
Moi je veux encore avoir peur avant de faire l'amour avec quelqu'un comme si c'était à chaque fois la première fois, que j'oublierais jamais, peut-être parce que ma vraie première fois m'a pas plus du tout alors je veux croire que chaque expérience c'est la première - mais aucune n'a plus cette saveur particulière parce que je suis si lasse du sexe...
Moi je veux encore y croire, croire que tout pourra s'arranger un jour "quand je serai grande", qu'un jour je ne pleurerai plus devant les épisodes de My so-called life et que je cesserai de m'identifier au personnage et que j'arrêterai de voir un visage extrêmement familier à la place de celui de Jordan.
Moi je ne veux plus grandir du tout, du tout, parce que l'adolescence c'était encore plus simple que d'essayer de faire semblant d'être adulte, de faire la grande, de savoir économiser son argent et ne pas tout balancer dans des fringues et des produits hors de prix.
Moi je ne veux pas avoir de morale parce que la morale on l'apprend en grandissant et je ne veux jamais me dire que ce que je fais c'est mal, parce que ça ne l'est pas tant que ça, quitte à vendre quelque chose autant que ce soit moi, et comme tout se monnaie.
Moi je ne veux pas entendre les chuchotements de certains et pouvoir aller pleurer dans les bras d'un adulte, d'un vrai, qui me touchera les cheveux en disant "ça ira, ça passera" quand on m'a fait du mal.
Moi je veux oublier tout ce que j'ai pu voir de moche ces dernières années, revenir au collège et ne rien connaître de rien, ne pas savoir qu'à treize ans certaines savent déjà faire des fellations et oublier toute cette technique de sexe dont je me vante si souvent mais qui n'est que vanité justement.
Moi je veux être quelqu'un d'autre, surtout quelqu'un d'autre, n'importe qui sauf moi, et je sais que c'est digne d'une teenager. Et je m'en fous car je ne veux vraiment pas être adulte, jamais.
mardi 31 juillet 2007
Cherry blossom girl
mercredi 4 juillet 2007
Je bois à nos amours infirmes
Parfois, on finit par se dire que tout ne va pas si mal. Même si, bien sûr, il y a ces choses qui coincent, ces choses sur lesquelles on n'a aucune prise, et qui se déroulent exactement comme on ne l'aurait pas voulu. Mais en dehors de ça... quand on prend un peu de recul, qu'on cesse d'y penser, d'y réfléchir de trop, oui il y a de belles choses dans la vie. Dans cette vie-là, que j'ai si souvent voulu quitter (mais n'en ai jamais eu le courage ; au fond il est simple de vouloir partir, tout le monde éprouve ça un jour, mais réellement vouloir passer à l'acte c'est autre chose), cette vie-là que j'ai tant de mal à regarder en face, finalement je ne la déteste pas. Ou plus. Ou peut-être ne l'ai-je jamais complètement détestée...
Je crois que j'ai enfin compris. Compris qu'il suffisait de se moquer des autres, de ce qu'ils pensent. Ca semble tellement banal, tellement évident pour chacun. J'ai toujours su qu'il fallait s'affranchir de cette masse effrayante, de ces paires d'yeux qui n'avaient de cesse de me fixer en permanence, de me juger, de juger mes choix, ma façon de vivre. Mais ça m'a toujours été impossible, parce que même si on se dit qu'on s'en fiche il y a ce moment où on se dit que peut-être, ce sont ceux qui nous jugent qui ont raison. Parce qu'on n'a pas tellement confiance en soi, pas tellement d'estime de notre propre personne. Je crois n'avoir pas franchement plus de self-confidence, comme ils disent, mais au moins maintenant je sais que c'est moi seule qui dois me juger. Je suis peut-être un juge encore plus dur que cette masse anonyme mais au moins, j'assume mes choix, et je cesse de les faire en fonction des autres.
Je ne règle plus ma vie sur ce qu'est censée être la vie d'une fille de 21 ans. Sortir, voir des amis, faire la fête, tomber amoureuse. Cela m'arrive bien sûr, mais ce n'est plus l'obligation sociale qui en est la cause. Je ne fais ces choses que si j'en ai réellement envie. Et si j'ai envie de rester chez moi, de n'aimer personne, de ne pas rire à tout bout de champ, je me le permets. Car cette vie c'est la mienne, et je me fiche de ce que peuvent en penser les autres, de cette bien-pensance, de cette bienséance de tous les instants. Etant en contact avec des adolescents je me demande si les gens de mon âge ont réellement évolué depuis le collège. La seule différence c'est le masque de l'hypocrisie que chacun porte une fois le bac en poche. Mais les réflexions, les aspirations sont les mêmes. Le sexe, l'amour, la fête. Comme si, sorti de ça, rien n'avait de sens et ne pouvait compter. Dieu que ma vie serait vide si je n'avais que ces futilités pour la remplir... Quand j'entends certains se dire comblés parce qu'ils ont quelqu'un dans leur vie, je ne peux m'empêcher de me demander où je vis. Est-ce moi ou notre société a réellement décidé de faire passer l'intellect au second plan ?
Alors oui on vit, on ressent des choses. Oui, c'est beau. Et parfois je cesse de me protéger et alors ça m'atteint de plein fouet... les papillons dans le ventre, comme s'ils ne m'avaient jamais quitté. Je n'y comprends rien, moi au coeur de pierre, moi la pudique maladive. Je laisse pour quelques instants ce qui me sert à faire circuler le sang dans mon corps prendre le pas sur ma tête. Mais pour quelques instants seulement - je ne saurais me satisfaire de n'être qu'une amoureuse. Ce serait bien trop ennuyeux.
Je savoure ces quelques moments passés en sa compagnie. Oui, tout paraît bien différent lorsque l'on a un corps près de soi, une âme qui essaie de s'élancer vers la nôtre. Il n'y a que des métaphores idiotes qui me viennent, forcément. Comment sembler originale alors que je parle du sujet le plus vieux, le plus rebattu qui soit ?
Elle est belle, elle est féminine, elle sent bon le melon dont elle mâche son arrêt les chewing-gums. Elle me dit qu'elle m'aime et je détourne la tête. Trois semaines, seulement... comment peut-on tenir de tels discours, déjà ? Je la sens tellement passionnée alors que je suis blasée. Pas blasée par elle (elle m'émerveille à chaque seconde), mais blasée de cette comédie. J'essaie de me laisser aller mais la tête veille...
Alors j'essaie simplement de profiter. En sachant pertinemment que ça aura une fin. En sachant pertinemment que malgré le plaisir que j'ai à la sentir près de moi je ne saurais jamais me satisfaire de ça - et ça m'éloigne encore un peu plus de cette foule immense pour qui le seul sentiment amoureux semble la clef de tout. Non, ce bonheur passé auprès d'elle, ce n'est pas la clef de tout. Car quand on me demande si je suis bien dans ma vie (ce qui arrive tellement rarement), je ne peux que détourner la tête et changer de sujet. Quand bien même je ne suis pas malheureuse, et je sais quelle chance j'ai d'être entourée des gens que j'apprécie, quelle chance j'ai de me réveiller quelques matins à ses côtés. Quelle chance j'ai d'avoir cette jolie et intelligente fille avec moi, à mes côtés, qui me dit que je suis quelqu'un de bien. Malgré tout je ne la crois pas. Et je ne sais pas être heureuse. Pas mal - mais pas bien.
mercredi 20 juin 2007
You never gave the key to your heart
You are the Devil and you are the Saint
Who do you think they want to satisfy ?
Drôle d'impression de ne plus bien savoir qui je suis ces derniers temps. De ne plus bien savoir qui sont les gens autour de moi, comme si tout ne cessait de changer... Le changement a sans doute du bon, et c'est d'ailleurs ce que je recherche pour l'année à venir. Mais quelque part ça m'effraie, aussi ; on dit toujours : "On sait ce qu'on laisse, mais on ne sait pas ce qu'on va trouver". Peut-être trouverais-je mieux, peut-être trouverais-je pire.
J'ai peur de faire les mauvais choix, de blesser les gens, de ne pas être à la hauteur de ce que je suis censée être. Ne suis-je pas trop intransigeante, trop dure parfois ? Je me moque des autres mais ils peuvent en avoir autant à mon service. Je crois que ne trouverais jamais, de toute manière, de personne capable de me faire penser que ça vaut le coup.
Mais même ça c'est faux. Car c'est ce qu'on se dit toujours, au premier regard. Et puis quand on apprend à connaître les gens, on sait qu'on a eu tort. C'est ce que je me dis chaque jour, à quelques jours de la fin de l'année scolaire. Tous ces élèves que je ne savais pas cerner, comprendre. Il me semble être plus proche d'eux d'heure en heure, de vraiment les voir, maintenant, juste maintenant que je ne vais plus les voir.
En réalité je suis une perpétuelle insatisfaite. Quelque chose me plaît uniquement quand ça va me passer sous le nez, quand je sais que je ne pourrais pas / plus l'avoir. Quelqu'un qui s'offre à moi, me regarde et m'apprécie, ça ne m'intéresse pas. Mais celui qui se tient à quelques mètres, ne me regarde pas, ne m'accorde pas la moindre attention, je pourrais crever d'amour pour lui. Et le rejeter quand finalement il aura levé les yeux sur moi.
Je n'ai peut-être pas envie d'être heureuse. Parce qu'alors tout serait trop simple, et je n'aime pas les choses simples. Je choisis pourtant cet état de fait, cette solitude. Je le sais bien. Tout n'est qu'une question de choix. Je n'arrive pas à faire les bons, à faire ceux qui me rendraient peut-être enfin bien... parce que ça me fout les jetons, tout simplement. M'abandonner à quelqu'un, m'abandonner au bonheur, je n'arrive même pas à l'envisager tellement j'en ai peur.
C'est tellement ridicule. Avoir peut-être le bonheur à portée de main et le dédaigner car on en a peur. Et puis toutes ces personnes autour... qui le savent, le sentent. Bien sûr qu'entre le diable et la sainte, il n'y en a qu'une qui les intéresse, car c'est la seule que j'accepte de dévoiler réellement, que je promets, que je mets en avant, qui semble avoir un quelconque intérêt. Alors ils ne voient plus que ça, et je ne m'en plains même plus. Car c'est juste de ma faute, ma seule faute, ma grande faute.
Et en fait je n'ai même plus envie d'appeler ça une faute. C'est un cercle vicieux de toute manière, qui ne finira jamais. Je devrais y mettre fin mais je ne peux pas - je ne veux pas. Ce serait détruire tous les visages que j'ai mis des années à construire, faire tomber tous les remparts que j'avais montés un à un pour être bien au chaud et protégée, ce serait abandonner les mensonges qui font que c'est tellement plus simple avec tout le monde... "Faire de sa vie une oeuvre d'art". Ma vie n'est pas une oeuvre d'art, mais une oeuvre, ça c'est évident. Je l'ai travaillée, façonnée. Montrée sous les seuls jours qui m'intéressaient. J'ai créé une personnalité qui n'est finalement qu'une version lointaine et caricaturale de ce que je suis vraiment. Et comme tout le monde a mordu à l'hameçon, je me suis retrouvée tout au fond de ce magmas d'inventions, de maquillage de la vérité, toute seule, complètement perdue avec ce moi que je ne sais même plus situer. Et tous ces assauts, en permanence, que j'accepte, parce que les refuser ce serait devoir expliquer - mais expliquer quoi ? Que j'ai fait croire que j'aimais n'être que la pute de service qui ne dit jamais non, que j'aimais être comme dans la chanson "de celles qui sont déjà d'accord" ? Ca n'aurait aucun sens de dire que ça ne m'a jamais intéressée, que mes relations sexuelles sont toujours à sens unique, que parfois je regarde l'heure tourner tellement ça m'ennuie et ne m'intéresse plus...
Et pourtant je continue... comme si je n'avais que ça pour exister... comme si j'étais valorisée en étant cette fille que je ne connais pas, qui passe sa vie dans son lit, mais qui est toujours au moins bien plus intéressante que celle que je suis réellement. Alors plus ça va et plus j'étouffe celle que je crois être vraiment ; plus ça va et plus elle se perd... je vais peut-être finir par réellement la tuer, la faire disparaître. J'aurais enfin réussi, achevé mon oeuvre. Être tout sauf moi.
vendredi 1 juin 2007
Tu n'as pas idée...
Oh non, tu n'as pas idée... lorsque tu lances ces quelques phrases à la cantonnade, qui me font doucement sourire ; tu te dis que peut-être je ne suis pas juste quelqu'un d'inaccessible juste là pour te dire quoi faire et surtout quoi ne pas faire. Ces quelques mots que tu as ajoutés... beaucoup auraient dit que tu m'avais manqué de respect. Et d'ailleurs tu t'es tout de suite repris : "non non c'était une blague". Mais je n'étais pas vexée. Parce que me dire : "han tu connais ça, mais c'est que tu es cochonne toi"... tu n'as pas idée à quel point c'est vrai.
Tu ne t'imagines vraiment pas ça. Je suis là juste pour incarner (mal) une soi-disante autorité. Pour faire respecter des règles. Pour être gentille, douce, agréable, parfois hors de moi pour te dire que tu as tort. Tu t'imagines sans doute que ma vie entière est lisse comme ça, lisse comme cette image que je renvoie dans mon travail. Aucune aspérité, aucun côté sombre. Je suis juste là pour ça, et tu ne crois sans doute pas qu'il y a autre chose dans ma vie, ailleurs. Et pourtant...
Pourtant quand j'ai le soleil dans les yeux à force de surveiller la cour, il m'arrive de ne pouvoir penser qu'à une chose : être violemment prise là, contre le mur, par n'importe lequel d'entre vous - en fait non pas n'importe lequel, certains sont tellement plus sexy que d'autres. Je ne pense qu'à ça, et je suis obligée de me concentrer sur autre chose pour ne plus être excitée.
Le soir, quand je sors du travail, que vous me souriez quand je m'en vais, vous ignorez ce que je vais faire. Et bien souvent je vais m'envoyer en l'air pendant des heures, comme une vraie salope, avec des hommes et parfois même des femmes. Vous trouveriez ça dégueulasse. Et ça l'est. Ca l'est totalement. Vous ne pourriez pas comprendre. Un monde nous sépare : celui de la sexualité. Vous l'imaginez, l'espérez, l'attendez. Certains peut-être la connaissent - et je crois pouvoir soupçonner quelles jeunes filles ne sont plus totalement aussi pures qu'elles semblent l'être. Parce qu'il y a cet éclat dans leurs yeux, cette démarche particulière. Comme si elles savaient ce que c'est, que de baiser à n'en plus pouvoir, à en avoir mal partout.
Je m'amuse de vous voir ébahis quand je lis un livre, alors que le livre en question est signé Bukowski. Qui à chaque page parle de baise, d'ivresse, de choses toutes plus crades les unes que les autres. Et parfois, au détour d'une page, là encore je me force à regarder ailleurs, à ne pas échafauder des fantasmes que chacun réprouve, que chacun déteste. Parce que même si on les a tous, ces fantasmes, il faut se taire, c'est plus correct. J'en ai assez de l'hypocrisie : oui parfois je rêve que je baise avec l'un d'eux. Même si je n'oserais jamais aller jusque là. Et c'est là tout l'intérêt du fantasme : être irréalisable et donc totalement paradisiaque, frustrant.
J'aime aussi sentir contre mes vêtements les marques d'une partie de jambes en l'air bien violente, sentir un bleu sur ma cuisse, savourer cette douleur en vous regardant. Comme une schizophrénie consciente : je joue la maman et en même temps, j'ai les marques, imprimées sur mon corps, de la parfaite chienne.
Vous aimez utiliser ces mots-là : chienne, salope. Mais vous ne savez pas encore ce que ça recouvre. Peut-être est-ce que vous fantasmez là-dessus, sur moi, sur une autre collègue. Peut-être que vous savez qu'on sait tout ça, sans savoir exactement de quoi il s'agit. Une sorte de préscience : je ne sais pas ce qu'est que le sexe mais je sais qu'elles en savent plus long que moi sur la vie.
Alors ça m'amuse. Ca m'amuse de voir vos jeux érotico-enfantins, qui ne vont pas bien loin. Et je m'amuse aussi de ces propositions indécentes qui me sont faites, parce que je sais qu'il n'y a rien de concret derrière. Alors que beaucoup crieraient au scandale moi j'ai presque envie de répondre "chiche". Mais je sais que je serais déçue. Il vaut mieux que tout ça reste un fantasme, et que je puisse continuer tranquillement à savourer ces deux parties de ma personnalité - la partie réelle et libre, et l'autre contrainte et forcée. Que voulez-vous, il faut bien grandir. Il faut bien montrer l'exemple. Pour autant je n'abandonnerais jamais la quête de baise effrénée qui me fait vivre...
jeudi 31 mai 2007
Les jours s'en vont, je demeure
Regarder devant soi, toujours devant soi. Ne pas se retourner, ne pas repenser aux erreurs passées, ne pas regretter des gestes qu'on aurait aimé faire mais qu'on n'a jamais pu laisser aller. Oublier qu'on a été bien, oublier qu'on a été mal ; tout mettre dans une petite boîte pour ne plus y penser. Essayer de se raccrocher à l'avenir, au présent ; oublier les autres conjugaisons possibles du monde. Ignorer que son passé fait partie de soi, nous construit, nous détruit, nous forge. Parce que ça fait juste trop mal de se retourner sans cesse pour tenter de comprendre, pour tenter de se découvrir un peu. Je ne sais pas bien qui je suis, ce que je veux, ce que je pense. Tout ça est tellement flou. J'ai beau repenser à ce que j'ai pu faire ou dire, ça ne fait que me mettre dans une situation d'incompréhension totale.
J'ai cru comprendre, à plusieurs reprises, ce que je ferais de ma vie ; de quoi seraient faites mes réflexions, mes pensées. Parce que je suis dans une période de ma vie où la question se pose en ces termes : est-ce que tu as envie de continuer à penser, à réfléchir, ne faire que ça de ta vie, ne faire que lire et écrire ? La réponse est évidemment oui, j'en meurs d'envie. Mais alors si je me mets à y penser sérieusement, tout s'embrouille. Parce que j'aime des choses diverses et variées, que je peux défendre une thèse pour des raisons précises et juste après défendre une oeuvre qui va totalement à l'encontre de cette thèse précédemment soutenue. Je crois que je n'arrive pas à me saisir, me définir totalement, tant les pensées valsent dans ma tête, sans interruption.
Je me retrouve face à mes contradictions. S'emporter, parler de féminisme, considérer ça comme plus important que tout, et puis quelques heures après lire une oeuvre oh combien fascinante mais oh combien sexiste. Et ne pas réussir à trancher. Ne pas réussir à me dire que je dois détester ça parce que ça ne correspond pas à mes propres idées. Je suis en perpétuelle interrogation, je ne sais jamais si ce que je pense est juste ou non. Et quand j'entends le tourbillon incessant des opinions de chacun, qui s'étalent sur des blogs, des forums, des magazines, des livres, je suis comme anéantie par tant de pensée. Anéantie parce que je n'arrive pas à trouver et fixer la mienne. J'aimerais être une de ceux pour qui tout est simple, le monde est clair : penser ça et ça, et puis rien d'autre. Ne pas laisser de place à l'incertitude ; écarter du plat de la main tout ce qui ne rentre pas dans ce cadre. Mais je n'y arrive pas. Je balance constamment, les arguments se mélangent et ne forment qu'une bouillie infâme de pensée.
Le problème c'est que je ne pense pas, je n'ai jamais pensé. Je pense par rapport aux autres, comme on m'a appris à le faire. Et au fond ça ne me gêne pas : je sais bien qu'il faut se confronter à ce qu'ont dit les autres pour produire une réelle pensée intéressante. Mais voilà, seul le plagiat me semble accessible : je ne sais pas tirer des mes lectures, de mes débats une pensée personnelle et nourrie par celles des autres. Je n'y arrive pas. J'idéalise la pensée des autres et j'estime que forcément la mienne (qui d'ailleurs ne vient pas, je n'arrive pas à la créer) serait fatalement inférieure...
Je ne me plains pas. Je sais que j'ai la chance d'aborder des thèmes qui me passionnent. Je peux passer ma vie le nez dans un bouquin, et j'adore ça. Mais là je ne suis plus en licence. Je quitte doucement le premier cycle pour m'aventurer vers le second. Et qu'est-ce que le second cycle ? Celui où il faut réfléchir tout seul, comme un grand. On me dira que j'en suis capable si j'ai su écrire des dissertations qui ont eu de bonnes notes. Oui mais. J'ai deux idées en tête pour cette année à venir ; la première je suis en train de l'avorter car elle ne me plaît plus et que le professeur en question fait l'absent. Je n'y ai sans doute pas assez réfléchi, et je ne me suis sans doute pas dirigée vers ce qu'il fallait. J'espère que la deuxième idée aboutira... il le faut.
J'ai l'impression d'être encore une petite fille, perdue, qui ne sait pas tirer les leçons de ses erreurs, qui a peur qu'on lui lâche la main pour s'aventurer vers un nouveau moment de sa vie, un moment où elle fera autre chose qu'apprendre et répéter les théories des autres. J'ai de grandes ambitions, mais peu de possibilité pour les accomplir. Je vais essayer de m'accrocher, car je ne peux pas renoncer à tous mes rêves de gamine. J'ai déjà dû faire un trait sur l'amour et ses bêtises, je ne veux pas non plus faire un trait sur l'écriture et l'accomplissement de ma passion.
Espérons !
mercredi 23 mai 2007
A year was forever and a day
"Est-ce que tu te rappelles de moi ?"
Ces mots, ces lettres. Cette phrase. Une telle innocence, une telle candeur... Est-ce que je me rappelle de toi ? La vraie question ce serait plutôt : est-ce que j'ai pu t'oublier ?
Et bien non. Je n'ai pas pu t'oublier. Et mille fois oui, je me rappelle de toi. Je me rappelle parfaitement tes yeux maquillés de noir, les contours de ta bouche si douce. Tes coiffures. La première surtout, tu étais sublime. A peine encore une adolescente. Une mini-star du rock t'avait dit que tu étais belle et tu y avais à peine cru : "Il ne m'a pas regardée", voilà ce que tu nous as répondu. Au lieu de parader avec ton autographe et ton compliment sur mesure, tu as regretté avec ta moue boudeuse qu'il ne t'ait pas regardée.
Comme si au fond, les mots n'avaient pas d'importance pour toi ; comme si seuls les gestes signifiaient réellement quelque chose. Et des gestes, il y en a eus... des déplacés, des tendres, des touchants, des dégradants. J'ai découvert la sensualité dans tes bras, le plaisir de découvrir quelqu'un en le touchant, en l'étreignant. Ton petit corps sensuel que j'étreignais contre le mien, avec l'excuse de l'alcool car tu étais trop jeune... On sait très bien toi et moi qu'il y a eu d'autres gestes, où nous étions totalement sobres. Je n'en ai jamais parlé à personne et n'en parlerai pas. C'était entre toi et moi, et personne d'autre, surtout personne d'autre. Je buvais à tes lèvres, tu t'abreuvais aux miennes. Comme une complémentarité, même si je n'ai jamais bien compris ce que tu me trouvais.
Nous n'étions pas seulement liées par ce contact physique intense, il y avait aussi les passions, les maux de l'esprit qui nous rassemblaient. Deux jeunes filles désabusées par la vie, bien trop tôt, qui toutes deux s'avançaient à grands pas vers autre chose, vers la maturité. Tu étais bien plus avancée que moi, avec tes années en moins. Et nous étions au même point. Tu tenais même l'alcool aussi bien que moi, toi si jeune et si frêle.
Il y a bien sûr eu l'amour. Je ne te l'ai jamais dit. Tu ne me l'as jamais dit non plus et peut-être que tu ne l'as pas ressenti. Mais pour moi ça a été tellement fort... bouleversant. Tu as bouleversé ma vie. Je n'ai jamais pu voir les choses de la même manière après toi. Il y a toujours eu cette recherche de la fusion physique, toujours décevante parce que celles que j'étreignais n'étaient pas toi. Je le dis à présent sans crainte et pour toi, rien que pour toi, même si tu ne me liras pas, même si je ne te le dirai pas : je t'ai toujours aimée... je t'aime encore. Ca semble pathétique, à l'eau de rose. Je peux passer des semaines sans penser à toi. Mais dès que ton image revient la sensation est la même, toujours aussi prenante, étouffante presque. Je crois que j'ai préféré cacher mes sentiments car les officialiser aurait tout gâché. Tu aurais sans doute pris peur, car reconnaissons-le, tu ne voulais pas de moi - du moins pas comme ça, pas officiellement. Et puis cet amour était beau parce qu'il était tu, parce qu'il était vécu sans jamais se dire.
Je ne me suis avouée que très récemment que tout ça était de l'amour. Que voir ton visage quand j'embrasse une autre demoiselle n'est pas juste la cause du fait que tu as été la première. Qu'avoir les larmes aux yeux en buvant de la vodka à la vanille ne vient pas du degré d'alcool de la liqueur que je m'envoie. Je sais que tout ça, c'est relié à toi. Je sais que je n'écoute plus le premier album de Placebo car je te vois à nouveau, je te sens contre moi, j'ai ta respiration dans l'oreille, celle que tu avais le lendemain matin en me demandant si "j'en voulais encore".
J'ai tenté de t'oublier. Cesser de t'écrire, de te parler. T'ignorer, petit à petit, parce que ta vie est loin de moi et je ne supporterais que difficilement de savoir que d'autres t'aiment, te touchent, te côtoient. Mais bien évidemment, si tu m'appelles, oui je suis là. Et non, non je ne t'ai pas oubliée - comme tu ne m'as pas oubliée.
Cette histoire n'a pas commencé et n'aura jamais de fin. C'est juste une parenthèse dans nos vies. Je ne sais pas pourquoi tu veux la rouvrir mais oui, j'en ai envie.
samedi 12 mai 2007
Lolita dadaïste
Un pauvre mercredi soir, seule devant ma télé. Une émission que certains peuvent critiquer, parce qu'après tout elle est criticable. Rien de très malin, de très cultivé. Mais parfois le plaisir au détour de quelques notes de musique bien senties.
Et puis, voilà qu'arrive un drôle d'énergumène. On aura tout dit : Torture numéro 2, nouvelle coqueluche injustement favorisée, produit marketing... La vérité, c'est que je me moque de tout ça. Je m'en moque parce que ce soir-là, j'ai été émerveillée. Je savais ce personnage doué, et talentueux. Mais là... c'était juste sublime.
Une réorchestration magnifique ; cette voix si particulière, et l'interprétation qui va avec... Comme une mélancolie qui se déroule tranquillement, une langueur... Le texte reste ce qu'il est, l'aveu d'une sexualité qu'on ne maîtrise pas tout en prétendant tout savoir. Et porté par cette voix et cette mélodie, il y a quelque chose de tellement plus fort qui arrive jusqu'à nous - comme si ce n'était plus Lolita qui parlait mais Humbert qui avouait sa faute, cette exquise envie qui circule dans ses veines. Le pervers et la victime ne font plus qu'un ; qui abuse de qui ?... "Lolita... oh Lolita..." comme s'il l'appelait...
Oubliez les paillettes, le public en folie, le jury qui approuve. Ignorez le décor. N'écoutez que les mots, la voix... comme un grand coup de pied dans tout, juste parce qu'il faut déconstruire, s'appliquer à défaire les codes préexistant...
On me dira que ça a déjà été fait, que les ficelles sont connues. Que c'est du rock de supermarché. La seule chose qui me vient aux lèvres alors, c'est ça : je m'en fous. Le plaisir, la jubilation sont là. Je ne suis pas devin, mais il faut que ce mec aille loin, il le faut.
Enjoy.
samedi 5 mai 2007
Je est un autre
Quand je me pose et que j'y réfléchis, la chose m'apparaît de manière tout à fait nette : personne ne me connaît vraiment. Aucune personne autour de moi ne sait qui je suis, pour qui je vis, où j'espère un jour aller. Ils ont tous une image de moi, différente selon les personnes, mais à chaque fois totalement erronnée.
Je ne pense pas être si mystérieuse, pourtant. Peut-être est-ce un défaut de décider de taire ce qui semble trop narcissique lorsque c'est prononcé à vois haute... Je n'ai jamais pu me résoudre à parler de mes sentiments en vis-à-vis. Trop impudique. Peut-être est-ce l'une des raisons qui font que personne ne semble vraiment distinguer ce qui, pourtant, est essentiel en moi. Non pas que cet essentiel soit franchement bouleversant ou intéressant... mais enfin, venant de gens qui me côtoient au quotidien, j'avoue que parfois, j'aimerais que certains y voient clair. Qu'ils grattent un peu plus que la surface que je leur offre.
Cela peut sembler paradoxal... je n'offre rien d'intime et pourtant, j'aimerais que les gens tentent d'aller plus loin, de voir autre chose en moi que ce que je veux bien leur montrer. J'estime que si les gens m'apprécient, c'est à eux d'aller voir plus loin, et pas à moi de leur imposer, d'exhiber mes sentiments, mes états d'âme.
Je ne suis pas gênée quand quelqu'un, au contraire de moi, me dévoile ses sentiments et m'en parle à coeur ouvert. Chacun a le droit de dire ou de taire ces choses-là, et je n'ai aucune envie de leur imposer ma manière de voir les choses. Mais il n'empêche que bien souvent, je m'interroge. Je m'interroge car je comprends mal ce que ces personnes-là y trouvent, si parfois elles ne se sentent pas un peu impudiques, indécentes. Pour ceux et celles qui me connaissent, rassurez-vous : non, je ne suis nullement en train de vous juger, et j'irais même jusqu'à dire que cette manière de se dévoiler face à moi me semble être plutôt gratifiant, car c'est une marque de confiance. Mais mon caractère me porte toujours à tenter de comprendre ce que les autres trouvent plaisant dans cet exercice et c'est plus fort que moi : je ne sais pas, je ne comprends décidément pas.
Je crois que, si j'étais à leur place, je me sentirais humiliée, parce que mise à nu, sans protection. J'ai toujours besoin de ce rempart de glace, de cette distance... peut-être pour que les critiques ne m'atteignent pas, pour que je puisse me dire que si l'on ne m'aime pas c'est parce qu'au fond on ne me connaît pas... Et je garde cette réserve même avec les gens les plus proches. Pourtant, oui, je me sens à l'aise avec mes amis proches, avec ma famille. Mais il y a toujours... c'est idiot mais là les mots qui me viennent sont d'une chanteuse populaire et très rousse : "un précipice entre vous et moi". C'est exactement ça : un gouffre, un précipice, une étendue que je ne saurais jamais franchir.
Je ne me sens pourtant pas supérieure. Inférieure, sans doute un peu. Mais pas complètement non plus. Je crois que j'ai simplement peur de m'abandonner. Peur de ne plus avoir de recours, de ne plus avoir de masque derrière lequel me cacher. Si on savait qui je suis en vrai... ce serait sans doute décevant, tellement décevant. Alors je camoufle, je maquille, et je deviens tout sauf ce que je suis vraiment. Pour brouiller les pistes, rester derrière ma muraille et rester intacte. Ne jamais laisser personne s'approcher, ne jamais permettre qu'on puisse accéder à ce que je ressens vraiment.
Et plus le temps passe, moins je comprends pourquoi j'agis de la sorte ; mais plus le temps passe, et plus je me cache...
lundi 23 avril 2007
Un droit n'est jamais que l'autre aspect d'un devoir
Puisqu'on en parle tellement, et que ça occupe majoritairement mes pensées ces temps-ci, voilà, j'en parle. Même ici. Même sur ce blog si peu visité et qui n'a aucune vocation militante. Mais je crois que je ne me serais pas fidèle si je n'en parlais pas.
La politique. Quel gros mot de nos jours... ou alors, peut-être pas tant que ça, surtout depuis le suffrage du 22 avril 07. Pratiquement 5 ans que j'attends d'être enfin dans cette position : dans la position de celle qui décide, ne subit plus. Je peux enfin glisser un bulletin dans l'urne, avec ce sentiment d'avoir agi au mieux. Parce que, comme le disait Sartre, voter est un droit, mais un droit devient par la suite fatalement un devoir. Et je n'aurais pas envisagé une seconde de m'abstenir, même s'il n'y avait pas eu ce traumatisme de 02. La politique de la République (la chose publique, en latin, c'est-à-dire la chose qui nous appartient à tous, au peuple français) me semble être trop importante dans la vie de chacun pour laisser les choses suivre leur cours, voire pire encore, pour laisser les autres décider à ma place.
La grande question, c'est bien sûr : pour qui voter ? Qui me représente le mieux, qui représente le mieux mes idéaux, mes ambitions pour mon pays, et qui pourrait m'apporter ce que j'attends de mon pays (car l'égoïsme est humain) ? Je le dirai sans détour : dès le premier scrutin, j'ai voté pour Ségolène Royal. Parce que son programme et ses idées étaient ceux qui me convainquaient le plus. Je n'ai pas même envie d'évoquer son adversaire du second tour, tant il me semble inconcevable de voter pour lui ; quant aux petits partis de gauche, ils sont soit extrêmistes et donc je refuse de leur accorder ma voix, soit vidés de leur force (les Verts ont vraiment été très faibles dans cette campagne). On a beaucoup parlé du vote utile. Pour ma part, Royal a été le vote utile tout autant que le vote de conviction. Je souhaitais la gauche au second tour, en même temps que je ne voyais personne d'autre pour représenter mon idéal de société (idéal étant un mot un peu fort, j'en conviens).
Le résultat est arrivé, après de longues heures d'attente. L'éternel affrontement gauche contre droite. Une femme neuve face à un homme politique relativement neuf lui aussi, prônant tous deux le changement.
Je n'ai pas envie de faire du militantisme. Chacun votera pour ce qu'il veut en son âme et conscience. Pour moi le choix est évident pour des milliers de raisons, mais je ne veux pas les évoquer ici, essayer d'influencer les gens. Nous sommes tous libres de choisir, non ?
Je voterai en tout cas en mon âme et conscience, persuadée de permettre à mon pays de se relever et d'offrir une qualité de vie honorable à tous ses citoyens.
Résultat dans deux semaines. Fingers crossed.
jeudi 19 avril 2007
Et quand bien même tu m'aimerais encore...
"Et quand bien même", comme elle dit. Quand bien même. Tout ça n'a plus aucune importance. Ou alors, j'ai envie de croire que ça n'a plus d'importance. J'ai envie d'y croire, simplement parce qu'autrement tout serait perdu... tout : ma vie, la tienne, ce que j'ai mis tellement de temps à construire sans toi, loin de toi. Loin de tes bras qui ont été si rarement autour de ma taille.
Mais je ne souhaite plus y penser, ressasser. Il a fallu tirer un trait. Je ne te dirai pas que ça n'a pas été sans regret (tu resteras toujours la plus grande blessure de ma vie), mais j'ai réussi. J'ai fini par ne plus voir ton visage dans mes rêves. J'ai fini par ne plus sentir ton odeur dans les bras d'un autre garçon. J'ai fini par ne plus imaginer tes yeux lorsque j'embrassais quelqu'un d'autre. Ton spectre avait finalement pris la poudre d'escampette, sans demander son reste, sans se retourner, sans que moi je me retourne pour lui dire adieu. J'ai cru que ce serait impossible et puis, ça s'est fait sans moi, presque naturellement.
Je ne dirais pas que je n'ai pas cherché à éviter ton souvenir. Ton prénom, par exemple. Je me suis refusée à l'entendre, ou alors à imaginer des choses sordides à son sujet. Cela ne devenait plus ton prénom mais celui d'un dingue du Christ, d'un écrivain, d'un tueur en série peut-être. Tout, mais plus le tien. Il fallait vraiment que ta personne sorte de ma tête, de mon corps, de mes veines.
J'ai grandi, mûri. Ces années-là où l'on devient enfin autre chose qu'une adolescente sont troublantes. Essentielles. Je me suis enfin sentie un peu moins mal, un peu moins suicidaire, un peu moins dépressive. Et au fur et à mesure que je m'approchais de ce statut d'adulte (que pourtant je répugnais à évoquer lorsque j'étais adolescente, mais c'est ça qui m'a sauvée, ironie du sort), les contours de ta silhouette, de ton visage s'éloignaient. Je ne touchais plus ma joue le soir dans mon lit en repensant aux frissons qui me parcouraient lorsque c'était la tienne. Je ne faisais plus de scénarios ridicules où tu me revoyais, après des années d'absence, absolument belle et lumineuse, et surtout au bras d'un autre que j'aimais follement.
Parce que j'ai eu envie de me venger, oui. Tu as peut-être envie de te demander de quoi. Car si je suis honnête, tu ne m'as pas déchiré le coeur intentionnellement, tu n'as pas joué avec moi, tu ne m'as pas menti, tu ne t'es pas servi de moi. Pire même : tu as été le garçon le plus honnête que j'aie jamais connu. Tu ne m'as pas menti une seule seconde, je savais dès le départ de quoi il s'agissait. Je suis entrée dans ton lit en toute connaissance de cause : du sexe, pas de l'amour. Je l'ai toujours su, même si j'étais un peu jeune, et que j'ai cru pouvoir changer la donne - j'ai appris trop tard qu'on ne pouvait pas réussir à gagner si les cartes étaient dès le départ mal distribuées. Mais oui, je ne vais pas moi non plus mentir, je vais jouer la sincérité : je savais que tu ne m'aimerais jamais, et pourtant j'ai couché avec toi. Et moi je t'aimais. Et tu le savais, mais comme j'avais accepté le pacte, et bien...
N'empêche que j'aurais adoré te voir souffrir. J'aurais adoré nous voir dans la situation inverse. Moi, détachée de tout, amoureuse d'un autre, prête à te donner des miettes de sexualité - mais rien de plus. Et toi, languissant à mes pieds, accroché à ma jambe comme dans une mauvaise pièce à l'eau de rose. La jouissance aurait été sans limite. Mais si j'y repense sérieusement, je crois que je n'aurais pas aimé ça, car s'il y a bien une chose dont je serais incapable, c'est te faire du mal...
Car tu comptes trop. Même aujourd'hui où ton souvenir a réussi, péniblement, doucement, à s'effacer, je ne te veux aucun mal. Je te souhaite même tellement, tellement de bonheur. Je sais que c'est idiot, que tu n'es probablement pas mieux qu'un autre, mais tu restes un souvenir tellement extraordinaire. Une personne que j'ai tellement aimée, adorée, comme jamais aucun autre. Je n'ai jamais ressenti ça à nouveau, tu sais. Je crois que ça n'est pas possible de toute manière : ce genre de sentiments ne s'éprouve qu'une fois, après on ne fait que se répéter. On connaît les gestes et les mots à avoir, mais la passion nous a désertés pour un sentiment bien moins fort, moins brutal, moins enivrant.
Je compare souvent ce qu'on a vécu avec le sevrage d'un drogué à l'héroïne. Un dernier fix, absolument sublime. Le truc qui t'envoie dans les étoiles, te bousille le coeur à grands renforts de joie, d'amour, de plaisir. Un sentiment tellement puissant et dingue qu'il est à la hauteur de la descente... Je n'ai pas envie de m'épancher sur la descente, d'ailleurs. Tout le monde connaît ça, les tablettes de chocolat avalées par dix, les kleenex qui jonchent la chambre, le peignoir qui devient l'habit quotidien, ce genre de clichés qu'on a tous éprouvés au moins une fois. Toi, ça a été génial, et puis ça a été atroce. Voilà comment je pourrais le résumer.
Alors tu sais... quand bien même tu m'aimerais maintenant (et pas encore, tu ne m'aimais pas avant, mais citer Gainsbourg ça me fait toujours frissonner), je crois que je n'en ai plus envie. Ou plutôt si, j'en crève d'envie. J'en crève d'envie mais je sais que ça m'est interdit. Car tu resteras toujours ma plus belle histoire d'amour, la plus dure, la plus forte. Et j'ai envie qu'elle ne reste qu'un souvenir, pas une chimère ressuscitée à l'infini selon ton bon vouloir. Et puis tu ne sais pas ce que j'ai appris entre temps ? L'amour propre. Oh je suis bien loin de considérer que je vaille quoi que ce soit... mais je me refuse à être de nouveau soumise, humiliée, parce que ça fait trop mal, parce que je veux devenir ce genre d'êtres insensibles qui peuvent se passer du monde entier. Comme ça, quand chacun aura compris ma vacuité, ça ne sera pas trop douloureux.
Je t'aime encore à en crever mais j'ai de l'amour propre, de l'orgueil mal placés. Je préfère me lover dans ton souvenir que dans tes bras. La chute sera moins dure.